Le Capitalisme De Surveillance

Le capitalisme de surveillance est une logique économique moderne où l'expérience humaine privée est exploitée comme matière première gratuite pour être transformée en données comportementales.

Ces données servent à créer des « produits de prédiction » qui anticipent vos actions présentes, futures et à venir, lesquels sont ensuite vendus sur des « marchés à terme comportementaux » à des entreprises comme les annonceurs et les assureurs.

Ce terme a été forgé par la professeure Shoshana Zuboff de Harvard en 2014.

Il marque une rupture avec le capitalisme traditionnel, qui transformait la nature en marchandises, au profit d'un système qui marchandise le comportement humain lui-même.

Caractéristiques principales du capitalisme de surveillance

  • Extraction et analyse des données: Surveillance continue des activités en ligne et hors ligne via les moteurs de reche rche, les réseaux sociaux et l'Internet des objets.
  • Surplus comportemental: Les entreprises collectent plus de données que nécessaire pour améliorer un service; ce «surplus» est réutilisé pour prédire les actions futures.
  • Modification comportementale: Au lieu de simplement prédire les comportements, les systèmes sont conçus pour inciter ou manipuler subtilement les utilisateurs à atteindre des objectifs commerciaux ou politiques précis (par exemple, le scandale Cambridge Analytica).
  • Asymétrie des connaissances: Les entreprises qui exploitent la surveillance savent tout sur les utilisateurs, tandis que ces derniers ignorent tout de l’étendue et des méthodes de collecte de données.

Acteurs et mécanismes dominants

  • Pionniers: Google (notamment avec AdWords en 2001) et Facebook (Meta) sont reconnus pour avoir inventé et perfectionné ce modèle.
  • Outils: Cookies, suivi IP, microphones sur appareils mobiles, assistants vocaux (comme Amazon Alexa) et traqueurs d’activité.
  • Clients: Les véritables clients ne sont pas les utilisateurs, mais les entreprises qui achètent ces prédictions comportementales, telles que les entreprises de distribution, les compagnies d’assurance et les cabinets de conseil politique.

Critiques et préoccupations

Des critiques, dont Zuboff, affirment que le capitalisme de surveillance:

  • Porte atteinte à l’autonomie : en manipulant les comportements, il réduit l’autonomie individuelle et le libre arbitre.
  • Érode la démocratie: il crée d’immenses concentrations de pouvoir et de connaissances qui échappent à tout contrôle démocratique.
  • Supprime la vie privée: il normalise la disparition de la vie privée, donnant aux utilisateurs l’impression que la surveillance est une composante «inévitable» de la vie numérique.

Sources

Publié le par Pierre Bernatchez dans «recherches». Mots-clés: surveillance, capitalisme, définition, recherche, politique